CLIPS MUSICAUX
AVO de DSH (2024)
DSH est un chanteur-compositeur comorien, dont l'œuvre est marquée par des mélodies mélancoliques alliant le rap et le chant, et d'une plume aussi percutante que prodigieuse.
L'artiste m'a chargé de la conception et de la réalisation des cinq vidéoclips de son EP AVO, avec pour directive de mettre en forme une fiction, car l'ordre des chansons a été judicieusement pensé pour raconter une histoire cohérente. Toutefois, étant lui localisé au Sénégal et moi en France, notre collaboration s'est effectuée à distance. Les prises de vues le mettant en scène ont été tournées par ses soins avec son équipe sur place. Les rushes m'étaient ensuite transmis afin que je puisse procéder à la post-production, en les ajoutant aux prises de vues tournées de mon côté.
La volonté de DSH, à travers cet EP, était de parler d'un sujet sensible voire tabou, celui du suicide, et plus précisément du suicide chez les jeunes adolescent(e)s. Une tragédie malheureusement fréquente. Ainsi, tout au long des cinq clips, nous suivons le mal-être d'un jeune garçon, submergé par une réalité lourde, triste et difficile à supporter.
Mon objectif était de donner vie à cette narration à travers des images évocatrices, renforçant ainsi l'impact émotionnel des morceaux. Cette première immersion dans l'univers de la musique m'a permis de développer ma créativité en adaptant mes idées aux besoins spécifiques de l'artiste, tout en gérant le processus de production de manière autonome.
Composer avec l’image et le son
Le scénario s'est construit en échangeant avec l’artiste et en m’appuyant sur le sens des paroles, tout en choisissant de ne pas les traduire de manière littérale à l’image, afin de proposer une interprétation plus nuancée et laisser au spectateur une certaine liberté de lecture.
La phase de montage a ensuite représenté une part essentielle du projet, à laquelle j’ai consacré de nombreuses heures pour trouver un équilibre précis entre narration, rythme et émotion. Le découpage s’est fait au plus près de la musicalité des morceaux, en jouant sur des alternances entre plans longs et séquences plus saccadées pour accentuer les tensions internes.
J'ai travaillé minutieusement les transitions pour assurer une fluidité entre les scènes, en utilisant des superpositions d'images, des raccords dans le mouvement et des ruptures volontaires de rythme, tout en apportant également des idées de mise en scène en post-production, notamment à travers l'ajout d'effets visuels subtils et la construction d'ambiances distinctes pour chaque clip, ce qui renforce la progression émotionnelle du récit.
Le poids des couleurs : ma direction artistique
La direction artistique n'est pas qu'un choix esthétique, elle est au service du récit.
L’état psychologique du personnage principal m'a servit de guide narratif : un jeune homme seul, qui se laisse peu à peu engloutir par son mal-être jusqu’à l’irréversible. Chaque épisode a sa couleur dominante, sa respiration visuelle, son climat émotionnel.
Prologue
Le premier clip, Prologue, installe le ton général. J’ai choisi un bleu gris froid, presque métallique, pour créer cette distance affective et ce sentiment d’anesthésie de la vie. L’espace semble figé. Pourtant, lorsque le personnage rêve, une rupture survient : les couleurs explosent, deviennent surréalistes et irréelles. Ce contraste violent traduit ce décalage entre une réalité étouffante et un univers onirique où tout semble encore possible. Dans ces moments, le rêve devient un refuge, une respiration nécessaire hors du temps.
Noir Perron
Dans ce second clip, l'explosion de couleurs laisse place à un noir et blanc ponctué de nuances froides. Ce parti pris visuel souligne le processus de détachement du personnage qui accumule des évènements douloureux qui participent d’une fragmentation émotionnelle.
Tapage Nocturne
Le troisième clip marque une rupture radicale. Tout témoigne de sa descente aux enfers et de son isolement total. Il n’y a plus d’échappée, seulement une confrontation brutale avec soi-même. Le rouge domine, envahit l’écran, incarne la colère, mais aussi la passion étouffée d’un être qui ne sait plus où diriger ses émotions. C’est la couleur du feu intérieur, de cette intensité qui devient destructrice quand elle n’a plus de place pour s’exprimer.
Marche Mortuaire
Le quatrième épisode joue sur un jaune chaud en extérieur, mais c’est une chaleur trompeuse, agressive, qui renvoie davantage à l’asphyxie qu’au réconfort. Le personnage marche au milieu de la foule, mais reste seul, invisible, comme enfermé dans ce vaste espace.
Dans les scènes d’intérieur, les tons virent au vert, plus sombres et plus intimes. C’est là que la tristesse atteint son apogée. Une séquence de pleurs donne à voir le poids du désespoir, la fatigue d’exister.
L'Arme à l'oeil
Le cinquième et dernier clip se déroule après le drame. Un noir et blanc nu, sobre, ponctué de fausses images d’archives que le jeune homme aurait filmées avant. Ces fragments du passé ramènent la chaleur et la lumière, mais elles sont désormais des souvenirs, des traces. C’est un regard sur ce qui reste, les traces d’une vie ordinaire, de moments doux, perdus dans le flux du temps. Ici, la couleur absente devient un hommage, une manière d’évoquer la mémoire et la perte.
Dans la post-production de cette scène, extraite du clip Marche Mortuaire, j'ai choisi de modifier le décor original pour plonger le chanteur dans un arrière-plan sombre et délabré, renforçant ainsi les thèmes de solitude et de désespoir qui traversent le récit. À l'aide de masques, j'ai isolé le chanteur pour l'intégrer harmonieusement dans cet environnement oppressant, où il se cache littéralement dans l'ombre comme s'il cherchait à se dissimuler du monde qui l'entoure.
Le travail sur les ombres a été essentiel : j'ai accentué les zones d'obscurité pour envelopper le chanteur, créant une atmosphère pesante qui évoque son isolement. La lumière, quant à elle, a été soigneusement tamisée, permettant d'éclairer subtilement son visage et son corps tout en laissant le reste dans l'ombre. Ce jeu d'ombres et de lumières vise à immerger le spectateur dans les tourments du personnage, lui permettant de ressentir la profondeur du désespoir partagé.
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